• [DMA] "Les fers à nos chevilles"

    [DMA] "Montre-moi ces autres vies que je ne sais pas"

    Je crois que les autres ont eu conscience avant moi de ma vraie nature et je crois que cela a commencé vraiment au moment de ma puberté. Mais je n'en suis pas encore là.

    Pour l'instant, j'ai dix ans.

    J'ai dix ans et c'est à cet âge que je fus séparé des miens, ballotté de foyers, où régnait la violence, en familles d'accueil pas forcément plus fonctionnelles que la mienne. Mes parents d'accueil avaient également leur petits problèmes. Des problèmes de travail, de couple, de famille, d'argent mais ils m'en tenaient rigoureusement à l'écart, me donnant l'impression d'être un voyeur qui dérange.

    [DMA] "Les fers à nos chevilles"

    Je ne me sentais donc à ma place nulle part et je m'arrangeais toujours pour ne jamais rester longtemps dans une famille d'accueil, même si cela signifiait me retrouver dans la jungle du foyer.
    En faisant des bêtises, en me montrant arrogant et irrespectueux, j'étais persuadé qu'on me renverrait chez ma mère mais je n'avais pas mesuré l'ampleur des dégâts provoqués par la négligence involontaire de Logan.
    Une nuit, alors qu'il nous gardait pendant que ma mère était au travail, il nous avait laissés seuls à la maison avec les jumeaux, alors âgés de dix-huit mois. Il n'était pas parti loin. Juste sur le spot à côté de la maison où se trouvaient une aire de pique-nique, des tables et un stand de nourriture. Sûrement pour fumer des joints avec ses potes. Mais Jean-Bryan et Britney s'étaient relevés pendant la nuit et avaient ingurgité les comprimés de MDMA qu'il vendait pour aider ma mère à boucler les fins de mois. Par chance, il était rentré à temps pour nous emmener tous les trois à l'hôpital où notre mère nous avait rejoints en catastrophe. Nous y étions restés toute la nuit, attendant avec inquiétude le diagnostic du médecin, mais, au petit matin, la police, sûrement alertée par le staff médical, était venue arrêter mon grand frère. Après une enquête diligentée par les services sociaux, nous fumes tous enlevés à notre mère, Logan fut envoyé en prison et ma mère en cure de désintoxication.

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    Jean-Bryan et Britney atterrirent directement dans une famille d'accueil, moi en attente dans un horrible centre, où je fus roué de coups et racketté par les grands de seize ans. Je n'eus d'autre choix que de m'endurcir et de m'ensauvager. A tenter de sauvegarder les maigres biens que je possédais mais qui comptaient plus que tout à mes yeux : les quelques photos de ma vie d'avant,  ainsi que les lettres que nous échangions avec mon père, puis avec mon grand frère.

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    Les premiers mois, je ne pus voir ma mère qui, comme je l'ai dit, était en cure de désintoxication. Puis, mon tuteur m'emmena, d'abord une fois par mois, puis chaque mercredi, aux visites médiatisées du placement familial pour la voir. Jean-Bryan et Britney, qui étaient dans une ville voisine, nous rejoignaient avec leur tutrice. Le jour de visite était un jour déprimant. Ma mère, shootée aux médocs pour soigner sa dépression de nous avoir perdus, n'avait pas tout le temps des paroles cohérentes. Mais elle me refilait de l'argent, puis des paquets de clopes quand je me suis mis à fumer à douze ans. Pour faire comme les autres gamins du foyer et me fondre dans la masse. Ne pas attirer l'attention des caïds. Les imiter pour me protéger. M'en prendre à mon tour à plus faible que moi pour ne plus être la victime. Oui, c'est dégueulasse mais c'était une question de survie, et entre les autres et moi, c'est moi que j'ai choisi.

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    Douze ans, c'est également l'âge où j'ai encore changé de famille d'accueil, mais pour la première fois je m'y suis senti bien. Oh, cela ne s'est pas fait instantanément, hein ! Comme pour les autres familles, j'avais essayé de mettre à mal leur patience, de me montrer sous mon pire jour, mais, à force de persévérance, ils avaient réussi le tour de force de vaincre ma méfiance.

    C'était une famille aisée qui vivait dans une grande maison à Newcrest. Jusque là, je n'avais été reçu que dans des familles de la petite classe moyenne, qui se faisaient payer pour leur bonne action. Pour la première fois, j'avais une chambre pour moi tout seul. Et quelle chambre ! Elle faisait le triple de celle que je partageais avec Logan et offrait le luxe incroyable d'un petit coin salon avec télévision ! Il y avait même une salle de douche privative mais je pris mon air le plus blasé, ne voulant pas qu'ils remarquent à quel point j'étais favorablement impressionné. Le père était chirurgien et la mère restait à la maison pour s'occuper de leurs six enfants âgés de quatre à dix-sept ans. C'était une famille très croyante et nous devions réciter le bénédicité avant chaque repas. Mais c'était à peu près le seul inconvénient.

    [DMA] "Les fers à nos chevilles"

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    Tout le monde mettait tout en œuvre pour que je me sente bien, et, au bout de quelques mois, j'eus l'impression de faire partie de leur famille. C'était la famille dont j'avais rêvé enfant. Quand les miens me faisaient trop honte. Quand je ne supportais plus la saleté repoussante de ma maison.

    A l'occasion de la fête du Lapin des Fleurs, j'avais eu droit aux mêmes cadeaux que leurs enfants. J'avais été également rhabillé de neuf. Alors, certes, je ressemblais aux bobos dont nous nous moquions entre nous au centre mais je me surpris à m'admirer dans la glace en pied de ma chambre de nouveau petit bourgeois.

    [DMA] "Les fers à nos chevilles"

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    J'avais beaucoup poussé en quelques mois et j'étais en train de devenir un beau garçon. Je me faisais souvent draguer au collège et l'une des filles de la maison ne pouvait s'empêcher de rougir dès qu'elle posait les yeux sur moi. J'avais un corps mince et déjà musclé par ma pratique assidue du street dance. Je m'étais mis à la pratiquer peu après mon arrivée au foyer. Après l'école, je zonais près de la gare, où j'avais rencontré un groupe de jeunes break dancers avec lesquels j'avais fini par sympathiser. C'est presque naturellement que je les avais imités et ils m'avaient accueilli dans leur crew. Malheureusement, mon arrivée dans la riche famille Nigrand sonna le glas de mes sessions de danse même si je continuais à m'entraîner en secret dans ma chambre.

     

    Les vacances d'été arrivèrent et les Nigrand avaient obtenu l'autorisation de mon tuteur que je parte en compagnie de Mme Nigrand et de ses enfants à Sulani dans une villa qu'ils avaient louée pour l'occasion. M. Nigrand devait nous y rejoindre un mois plus tard.

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    Ce furent les semaines les plus insouciantes et heureuses de ma vie. Je n'ai jamais plus retrouvé cet état de grâce par la suite.

    Châteaux de sable, baignade, pêche aux moules. Toutes ces choses que je n'avais jamais faites avec ma vraie famille. C'était d'ailleurs la première fois que je voyais la mer. Ce fut une sensation extraordinaire que de découvrir ces eaux d'un bleu turquoise si enchanteur pour les yeux et de sentir les embruns caresser mon visage, laissant sur mes lèvres et ma peau un goût de sel. Je n'oublierai jamais ces sensations.

    Ma peau s'était dorée au soleil. Et pour la première fois, j'avais embrassé une fille.

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    Puis arriva M. Nigrand et les activités changèrent, devenant plus sportives. Il avait loué un bateau et m'avait initié à tenir la barre. Il était resté dans mon dos, à corriger mes erreurs, ses bras encadrant les miens. Je l'admirais beaucoup. Il incarnait à mes yeux ce modèle masculin qui avait disparu avec mon père. Bien sûr, mon demi-frère Logan avait tenté de pallier les manques de son absence mais nous n'avions que six ans d'écart, et je ne l'avais jamais considéré comme une figure paternelle.

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    La fin de notre séjour à Sulani arriva bien trop vite à mon goût. La veille de notre départ, j'allai sur la plage regarder une dernière fois la mer qui m'avait tant marqué.

    [DMA] "Les fers à nos chevilles"

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    Si j'avais su, j'aurais trouvé n'importe quel moyen pour rester sur l'île car ce fut peu après notre retour de vacances que commença mon cauchemar...

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  • Commentaires

    1
    Samedi 29 Mai à 20:37

    Un petit goût du paradis pour mieux goûter à l'enfer *sanglote*
    Que tes images sont belles, quel petit bonhomme si courageux.  J'ai le cœur brisé en avance.  
    Quel magnifique chapitre, je me suis régalée ♥

      • Samedi 29 Mai à 22:47

        Merci pour mes images... ♥♥

        J'en voulais des très colorées et "flamboyantes" pour l'épisode à Sulani pour souligner combien Célian était heureux à ce moment-là car ensuite, malheureusement, sa vie ne va être qu'une succession d'horreurs...  les majs suivantes vont être dures, surtout la prochaine !

        Oui, moi aussi, je trouve que Célian est un sacré petit bonhomme (mais j'ai bien peur d ene pas être très objective ! ^^)

        Encore merci pour ta fidélité ! ♥

      • Samedi 29 Mai à 23:23

        Ne me remercie pas, tu sais à quel point j'adore ton personnage de Célian.  Il est entier, plein de charisme, "peaufiné" comme j'aime. 
        Et surtout c'est toujours un plaisir de te lire, tu écris si bien, sur tous les thèmes et les ambiances que tu mets dans tes histoires, c'est un voyage à chaque fois.  Oui, vraiment te suivre est un vrai bonheur, toujours un super moment de lecture.

      • Dimanche 30 Mai à 11:42

        Bien sûr que je vais encore te remercier ! winktongue Pour la constance de ta présence, pour tes commentaires (et crois-moi, ils ne sont pas superflus, car ils m'aident à continuer à écrire l'histoire de Célian qui me procure sûrement le plus de doutes) et surtout d'aimer Célian ! D'ordinaire, je n'attache pas forcément d'importance au fait qu'on aime ou pas mes personnages, chacun est libre de les ressentir comme il l'entend, mais j'avoue qu'avec Célian, c'est un peu différent... Peut-être parce que je connais à l'avance son histoire et son désir désespéré d'être accepté tel qu'il est et aimé pour lui-même...he Mais bon, je n'en voudrais à personne de ne pas l'aimer hein !

        Merci pour tes compliments ! Je suis plus qu'heureuse si la lecture de mes histoires te procurent de bons moments. A vrai dire, je ne sais que répondre à tant de gentillesse.

        Bon dimanche à toi ! ♥♥♥

    2
    Mardi 1er Juin à 00:14

    J'avoue que je suis venu ici en attendant la suite des aventures de Caleb et Morgyn (sans vouloir mettre la pression bien sur) et je ne suis pas déçu! En 2 maj, je me suis deja attaché à Celian.. quel drole de petit bonhomme dont le langage cru ne cache pas du tout sa fragilité d'enfant..

    J'ai peur de deviner la suite.. j'ai regardé une deuxième fois les images qui sont si belles qu'on ne peut imaginer une suite terrible.. mais Celian adulte nous y prépare depuis le debut!

    je crois savoir qui va causer son malheur mais je ne veux pas y croire..

      • Mardi 1er Juin à 08:57

        Pour Forgotten Hollow, j'y travaille de temps en temps mais de loin en loin et essentiellement sur les majs avec Caleb alors que c'est celle sur Morgyn qui est prévue normalement... Bref, je bloque un peu avec Morgyn ! he Mais je vais y arriver... *on y croit tous !*

         

        Oui, Célian a du caractère et ne se laisse pas faire, mais il n'en reste pas moins un enfant et ce sont les adultes qui ont le pouvoir dans ce monde... de faire le bien comme de faire le mal !

        La prochaine maj risque d'être très éprouvante (pour le lecteur mais également pour moi) et je n'ai écrit pour l'instant que les passages les moins durs... J'avoue que j'ai un peu peur de me rater... Surtout, il ne faudra pas hésiter à dire ce que vous en pensez réellement même si ça vous paraît décourageant ou un peu trop critique pour moi mais je pense que le thème l'exige...

        Bref, merci de votre intérêt pour cette nouvelle histoire ! ^^

         

    3
    Mardi 1er Juin à 09:17

    Il est si touchant Célian et si fragile. Car oui, même si extérieurement il a l'air d'être fort et dur, à l'intérieur de lui, il y a cet enfant qui gémit et qui ne demande qu'à être aimé.

    En fait, son destin était scellé au moment où il est né dans cette famille, à l'image des tragédies grecques. Alors, certes, il réussira ensuite et il aura une carrière mais en termes de relations humaines, pas sûre qu'il y ait trouvé son compte. Mais comment être heureux et bien dans sa peau quand rien n'a permis, dans l'enfance et l'adolescence, d'avoir la stabilité et l'attachement adéquat. 

    J'ai peur de savoir ce qu'il va se passer ensuite : abus sexuel ou violences ? Sûrement l'une des deux. Et dans cette famille si aisée peut-être.... Au moment, où Célian baisse sa garde évidemment. Cela n'arrangera pas sa confiance aux autres... 

    Je comprends que tu aimes beaucoup Célian. C'est un personnage très touchant que tu as créé là. Avec beaucoup de failles, certes, mais il en est encore plus marquant. 

    Tu vas aller jusqu'au bout de son destin ou tu vas faire une pause entre-temps ? Parce que j'imagine que cela peut être éprouvant d'écrire des passages difficiles. 

    En tout cas, je serais là pour la suite :)

      • Mardi 1er Juin à 10:17

        Que répondre à ton commentaire car chaque mot que tu emploies, chaque problème que tu soulèves est juste ?... or, je ne peux pas trop en dire sans tout spoiler (même si vous avez tous deviné ce qui risque de suivre dans la toute prochaine maj)

        "son destin était scellé au moment où il est né dans cette famille, à l'image des tragédies grecques"
        Quelle image percutante ! Oui, il y a de la tragédie grecque dans le destin de Célian car quels que soient ses choix, ceux-ci vont l'amener là où il ne veut pas ! Il y a quelque chose d'inéluctable dans sa destinée et qui est liée à son origine sociale effectivement...

        "Au moment, où Célian baisse sa garde évidemment"
        Malheureusement c'est on ne peut plus juste, et cela va influencer ensuite son rapport aux autres et sa perception de lui-même...

        "Tu vas aller jusqu'au bout de son destin ou tu vas faire une pause entre-temps ? Parce que j'imagine que cela peut être éprouvant d'écrire des passages difficiles. "
        J'espère aller jusqu'au bout mais c'est mon inspiration qui décidera ! he 
        Ouais, très éprouvant. Je ne veux pas trop détailler certains passages ni en dire trop peu. C'est difficile de trouver le juste équilibre avec un tel thème. Je n'ai pas envie de mettre le lecteur dans une situation trop inconfortable mais en même temps, c'est ce qui va forcément arriver. Je n'ai pas envie que ça fasse putassier. Mais bon, on verra. je vais déjà finir d'écrire la maj et je verrai si je dois faire des amputations.

        En tout cas, merci pour ton soutien ! ♥♥♥

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